Bertrade de Laon, "Berthe au Grand Pied"

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Bertrade de Laon, "Berthe au Grand Pied"

Message par a-little-bit-dramatic le Dim 9 Jan - 11:06

Bertrade de Laon, « Berthe au Grand Pied »
(vers 720 - 783)



Représentation de la reine Berthe de Laon


Bertrade de Laon ou Berthe de Laon, connue surtout sous son sobriquet Berthe au Grand Pied est la fille du comte Caribert de Laon. Sa mère n'est pas connue mais, pour des raisons onomastiques, on suppose qu'elle se nommait Gisèle (elle pourrait être Gisèle d'Aquitaine, descendante de plusieurs rois francs). Souffrant probablement d'un pied-bot, son surnom viendrait de ce pied qu'elle aurait eu plus grand que l'autre. Le surnom pourrait également découler d'une légende très ancienne liée à la déesse germanique Perchta. Cette légende avait été attribuée à d'autres reines, réelles ou fictives portant le nom de Berthe, ainsi qu'à plusieurs saintes chrétiennes et à la mythique reine Pédauque (c'était une reine mythique qui trouverait son origine dans la ville de Toulouse à l'époque où cette dernière était capitale du royaume wisigoth et qui était affublée d'un pied d'oie, d'où son surnom « pè d'auca » en occitan qui signifie « pied d'oie »).
Très jolie, malgré son léger handicap, Berthe aurait séduit Pépin le Bref alors qu'elle n'avait que quinze ans. Le roi, qui aurait déjà été marié (voir plus bas), n'aurait alors pu lui offrir que l'état de maîtresse.
La documentation contemporaine, étudiée par Léon Levillain, archiviste paléographe et professeur à l'École des Chartes, reprise ensuite par Christian Settipani cite Berthe de Laon comme seule épouse de Pépin le Bref . Cependant, on connaît des écrits dans lesquels est mentionnée une première épouse : Pépin le Bref aurait été uni à une certaine Leutburgie ou Leutberga qui lui aurait donné cinq enfants, totalement inconnus par ailleurs. Cette légende d'une première épouse serait peut-être issue de Li Roumans de Berte aus grands piés, écrit vers 1270 par le ménestrel Adenet le Roi. Dans ce poème légendaire, l'auteur donne effectivement une première épouse nommée Leutburgie à Pépin.
On ne connaît pas vraiment la date du mariage entre Berthe et Pépin le Bref, qui furent amants avant d'être mari et femme. Les Annales de Prüm mentionnent 743 ou 144 et les Annales de Saint-Bertin, elles, donnent plutôt la date de 749. La date de naissance de leurs fils Charlemagne n'est pas plus sûre. La date de 742 est avancée par le père Anselme, qui se base sur le témoignage d'Eginhard, qui dit, dans sa Vita Caroli Magni que Charlemagne était âgé de 72 ans lors de sa mort, en 814. Mais il s'est avéré qu'Eginhard paraphrasait la Vie des Douze Césars, de Suétone et donc, la fiabilité de l'âge de Charlemagne est incertaine. Les Annales de Lorsch fixent la date de naissance de Charlemagne un deux Avril. En 755, un clerc irlandais, Cathuulf, rappelle à Charlemagne que tout le clergé avait prié pour que le roi et la reine engendrent un héritier, ce qui suppose une naissance forcément légitime pour que le clergé fasse une telle action et une naissance ayant eu lieu plusieurs années après l'union royale.
Charlemagne pourrait être né le 2 Avril 748 et l'union de ses parents remonterait à 743 ou 744. En 751 (ou 749), Berthe accouche de Carloman, son second fils et, la même année, elle est couronnée reine avec son mari, à Soissons, après la déposition du dernier roi mérovingien Childéric III.
Au mois de Juillet 754, elle reçoit, avec ses enfants, la bénédiction du pape Étienne II, lors du sacre de son époux à Saint-Denis.
D'un caractère doux et affable, Berthe est très active durant le règne de son époux, qu'elle conseille le plus souvent possible. Cependant, quelques années plus tard, Pépin le Bref envisage de la répudier, pour des raisons qui restent inconnues mais le pape s'y oppose. Selon Settipani, Pépin le Bref aurait voulu épouser une autre femme, Angla, la fille de Theodrade.
Lorsque son mari meurt, en 768, Berthe fait monter sur le trône ses deux fils, Charles et Carloman. Elle ne leur abandonne pas totalement le pouvoir et garde une certaine influence sur eux. En 770, elle arrange le mariage de Charles avec Désirée de Lombardie, qu'il répudiera lorsqu'il entrera en guerre contre son beau-père pour s'emparer de ses États. Elle tente également, mais en vain, de maintenir l'entente entre les deux frères.
En 771, Carloman meurt et Charles se retrouve seul au pouvoir. Il s'empare des possessions de son frère et écarte sa mère du pouvoir. Berthe quitte alors Aix-la-Chapelle, où elle résidait auprès de ses fils et se retire à l'abbaye de Choisy-au-Bac, près de Compiègne, où elle meurt le 12 Juillet 783 (le 4 des nones de Juillet). Elle fut la première reine carolingienne et resta célèbre dans l'Histoire pour sa particularité physique et car elle fut la mère de Charlemagne.
*Descendance
De son mariage avec Pépin le Bref sont nés:
-Charles Ier ou Charlemagne (742 ou 748 -814), roi des Francs, des Lombards puis empereur d'Occident
-Carloman Ier (751 -771), rois des Francs, roi d'Alémanie, de Provence, Bourgogne, Septimanie et Aquitaine
-Gisèle (757 -811), abbesse de Chelles
-Pépin (756 - 762)
-Berthe
-Rothaïde
-Adélaïde
*La Berthe légendaire d'Adenet le Roi
Selon le ménestrel, Berthe était la fille de Blanchefleur et de son époux Flore, le roi des Hongrois. Pour se marier, elle quitte en pleurant sa mère et le palais de Hongrie, où elle a passé son enfance et sa jeunesse. Montée sur un palefroi bai, Berthe parcourt l'Allemagne, confiée par ses parents aux soins de Margiste et de l'écuyer Tibert. Sa compagne Aliste, à qui Berthe voue une tendre amitié, chemine à ses côtés.
Blanchefleur avait remis avec confiance sa fille bien-aimée entre les mains de ces trois serviteurs car elle les croyait fidèles (elle les avait rachetés tous trois puis leur avait rendu la liberté ; ils lui devaient leurs biens, leur liberté et leur bonheur). Elle aimait beaucoup Aliste, la fille de Margiste, parce qu'elle lui trouvait une grande ressemblance avec sa chère Berthe. « Pour ce que vous ressemble assez plus chère l'ai », dit la reine à sa fille le jour du départ. « Tous trois de mes deniers chacun d'eux rachetai, Et, pour cette raison, trop plus m'y fierai. » (Li Romans de Berte aus grans piés, chapitre VII). Berthe, qui a très bon cœur, répond qu'elle fera tout pour ses bons serviteurs.
La reine Blanchefleur, qui a accompagné sa fille aussi loin qu'elle a pu, lui demande son anneau comme un dernier gage d'amour, avant de la quitter pour toujours. Berthe, émue, confie son anneau à sa mère, qui essaie comme elle peut de la consoler. Malgré cela, les adieux sont déchirants, tout le monde pleure. La mère s'en retourne tandis que Berthe est tombée évanouie. C'est sa sœur la duchesse qui, la prenant entre ses bras et l'embrassant à plusieurs reprises la fait revenir à elle. Alors, elle la remet sur son palefroi et le voyage vers la France se poursuit (« Fiancée du roi Pépin, que Dieu vous donne bon conduit ! »).
Mais, alors que la jeune princesse approche de la cour de son fiancée, la vieille Margiste échafaude un plan, visant à remplacer Berthe par sa propre fille Aliste, qui lui ressemble. A l'heure de remettre Berthe entre les mains de Pépin le Bref, la perfide servante fait cacher la princesse et donne au roi sa fille, vêtue d'habits royaux. Aliste est donc reçue comme la reine, épousée puis conduite au palais. Les perfides serviteurs font passer Berthe pour Aliste et l'accusent d'avoir voulu assassiner la reine. Tout se passe si rapidement que Berthe ne peut se défendre.
Alors commence le tragique destin de Berthe. Les complices de l'écuyer Tibert l'emmènent loin e Paris et l'égarent dans un bois (la forêt du Mans). Ils avaient pour ordre de la tuer mais se ravisent et se contentent de la dépouiller, en ne lui laissant qu'une tunique et un petit manteau. Berthe, seule, perdue au fond d'un bois, exposée au froid et à la pluie et malgré ses grands malheurs endure néanmoins cette épreuve.
Enfin, elle rencontre un ermite, qui, ayant pitié d'elle, lui indique la demeure d'un bûcheron qui pourra la recueillir. Elle est accueillie par le bûcheron et sa femme et s'attache à eux et à leur fille, dont elle fait son amie. Elle sert la femme du bûcheront comme si elle était sa mère, va puiser de l'eau, file le soir...Elle n'a pas révélé son identité à ses protecteurs.
A la cour royale, la fausse reine étonne le peuple par sa hauteur. Des rumeurs circulent sur sa cruauté et personne ne reconnaît en cette femme dure et hautaine la douce Berthe, cette femme qui était décrite comme la meilleure et la plus belle de toutes et dont un noble baron avait dit à Pépin le Bref : « On la nomme Berthe la Débonnaire, avec elle te viendra le bonheur. »
Pendant sept ans, la princesse fila dans la cabane des bûcherons tandis qu'Aliste régnait en reine absolue. Mais, en Hongrie, la mère de Berthe supplie son époux Flore de la laisser se rendre dans le royaume des Francs pour voir sa fille qui lui manque tant.
Mais, quand elle a franchi les forêts de Germanie et arrive sur les terres franques, au lieu des louanges et bénédictions qu'elle attendait, elle entend partout le nom de la reine Berthe prononcé avec horreur. Mais elle se persuade que le peuple a tort.
Au palais, la fausse reine et Margiste sont inquiètes de l'arrivée prochaine de Blanchefleur. Aliste se couche et feint un mal mortel puis Margiste tente d'écarter Blanchefleur du palais. Elle se présente à la reine en pleurs. D'abord, elle lui dit que Berthe est endormie et retarde l'heure à laquelle Blanchefleur pourra visiter sa fille. Blanchefleur demande alors à voir Aliste mais Margiste lui dit qu'Aliste est morte. Enfin, lorsque tous les délais sont écoulés et que Margiste ne peut plus faire autrement, elle introduit Blanchefleur auprès de la fausse reine, qui gît couchée au fond d'une alcôve sombre, dans un appartement obscur. Mais Aliste se trahit. Elle parle d'une voix si basse, qu'à peine la reine l'entend. Elle lui dit qu'elle n'ose se montrer, que sa vue l'effraierait.
Mais, voulant voir sa fille mourante, Blanchefleur s'empare d'un cierge qu'elle approche de la malade. Elle voit alors ses pieds : Aliste avait les pieds parfaitement égaux, au contraire de Berthe. Alors, la pauvre reine comprend que l'on a pris la place de sa fille, qu'on l'avait trahie. Elle implore alors Pépin le Bref et lui demande justice. Le roi, qui n'avait jamais aimé l'humeur de la reine se laisse assez facilement convaincre. Margiste et Aliste sont chassées et Tibert avoue que Berthe est toujours vivante.
Le roi fait alors parcourir son royaume en tous sens pour retrouver la reine mais on ne trouve aucune trace d'elle. Éplorée, Blanchefleur s'en retourne en Hongrie, tandis que le peuple pleure sa bonne reine, que Margiste est brûlée vive et qu'Aliste est reléguée au fond d'un cloître.
Alors que le roi n'a plus d'espoir de retrouver sa promise, il s'égare un jour dans la forêt du Mans. Il rencontre une jeune fille, à laquelle il demande si elle peut le remettre sur le bon chemin. Cette jeune fille, c'est bien évidemment Berthe, qui revient d'une chapelle où elle a prié longtemps. Sa beauté touche le roi, qui lui dévoile son identité et lui dit qu'il veut l'emmener. Il lui promet d grandes richesses mais Berthe refuse de le suivre. Pressée de plus en plus par ce seigneur, elle lui déclare alors que c'est la femme de son roi qu'il voit en elle et qu'il doit la respecter (en effet, Berthe ne savait pas que l'homme qui s'adressait à elle était son fiancée).
Pour sauver son honneur, elle raconte alors à l'inconnu comment elle a été recueillie dans cette forêt et comment elle y vit désormais depuis sept ans. Le roi écoute le récit de Berthe mais ne dévoile pas son identité. Simon et Constance, les protecteurs de la princesse, auxquels le roi veut parler, lui disent que cette sage fille, qu'ils font passer pour leur nièce, est depuis sept ans avec eux, que, par elle, leur chaumière est bénie et, que lorsqu'ils l'ont recueillie, elle était seule et abandonnée, près de mourir de douleur, de froid et de faim.
Cependant, Berthe s'est cachée et Pépin doit se résoudre à la laisser auprès de ses protecteurs. Du reste, il est méfiant, ayant été une première fois dupé par la perfide Aliste et ne veut pas courir le risque de l'être une seconde fois par cette jeune bergère qui se dit être la reine mais qui, en présence des bûcherons, refuse de soutenir ce qu'elle a avancé.
Le roi décide alors d'envoyer un émissaire à la cour de Hongrie pour quérir la reine Blanchefleur et le roi Flore, qui devront venir reconnaître leur fille. La joie de la reine est grande et elle part aussitôt pour le royaume des Francs. Son époux l'accompagne et ils sont reçus par Pépin qui les mènent dans la forêt du Mans auprès de la jeune bergère. Dans la cabane du bûcheron, Blanchefleur reconnaît sa fille.
Alors, le royaume est en liesse et les cloches sonnent dans chaque ville pour annoncer le passage des époux et des heureux parents et les bûcherons et leurs enfants deviennent de grands seigneurs. Le serviteur complice de Tibert, Morand, qui avait sauvé la vie de Berthe est récompensé. Berthe, elle, reste toujours aussi modeste et bonne. C'est une noble reine appréciée de tous qui donnera de nombreux enfants à son royal époux : tout d'abord, une fille, qui se prénommera Ayglantine, puis le royal Charlemagne.
Ainsi, « Berthe qui fut au bois » mérita de devenir l'épouse du roi Pépin et la mère de Karl-le-Grand. C'est de cette façon que, au XIIIème siècle, Adenet le Roi chantait les aventures de son héroïne dans les Cours d'Amour, en présence de la belle et savante Marie de Brabant, l'épouse de Philippe III le Hardi. Tous ceux qui entendaient les vers d'Adenet, le roi des ménestrels, l'applaudissaient et le peuple répétait ses refrains. Et Berthe au grand pied devenait chère à tous les villageois car elle avait vécu comme eux avant de porter une couronne.



Statue de Berthe de Laon dans la série des Femmes Illustres du jardin du Luxembourg à Paris
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Re: Bertrade de Laon, "Berthe au Grand Pied"

Message par LoveHistory le Dim 9 Jan - 11:58

Dés que je vois le nom du sous-dossier ''Bertrade de Laon'' , je me dit : Qui est ce : D
Mais en voyant Berthe au grand pieds je comprends mieux de qui il s'agit

Belle Bio ; encore une fois (L)
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Re: Bertrade de Laon, "Berthe au Grand Pied"

Message par a-little-bit-dramatic le Dim 9 Jan - 12:10

Merci beaucoup, LoveHistory.
C'est vrai que Bertrade de Laon est surtout connue sous le nom de Berthe au Grand Pied dans l'imaginaire commun, mais vu que ce surnom est issu d'une légende, j'ai préféré la nommer sous son vrai nom...
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Re: Bertrade de Laon, "Berthe au Grand Pied"

Message par ( Bow Tie ) le Mer 2 Fév - 14:12

Comme LoveHistory je n'avais aucune idée de son "vrai" nom !
Merci pour cette bio :)

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Re: Bertrade de Laon, "Berthe au Grand Pied"

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