La fée Mélusine

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La fée Mélusine

Message par a-little-bit-dramatic le Sam 17 Nov - 15:00


Illustration du livre de Jean d'Arras

Qui ne connaît pas aujourd'hui le mythe mélusinien, repris notamment par Mireille Calmel dans ses sagas Le Chant des Sorcières et La Reine de Lumière ?
Revenons un peu sur le mythe originel, qui remonte au Moyen Âge...

Mélusine était une femme, ou plutôt une femme originaire du Poitou. Elle est mentionnée dans les contes populaires et chevaleresques du Moyen Âge. Cependant, Mélusine remonterait à bien plus loin dans le temps et certains mythologues voient en la fée poitevine la « mater lucina » des Romains qui présidait aux naissances ou bien encore, une divinité celte, protectrice de la Font-de-Sé ou Fontaine de la Soif en français. Mais il pourrait s'agir aussi de la Lyké des Grecs, de la Mélugina des Ligures ou encore, la Milouziena des Scythes, dont le peuple serait issu d'Hercule et Echidna, qui possédait une queue de serpent et des ailes de chauve-souris comme la fée. Pour les Gaulois, une Parque du nom de Mélicine (la tisseuse) existe. Les Parques étaient les divinités romaines qui présidaient aux destinées et coupaient les fils de la vie : c'est pourquoi le thème de la destinée est très présent dans le mythe mélusinien. Mais selon Julien d'Huy, ce mythe remonterait même à la préhistoire européenne ! Il rattache aussi le mythe mélusinien au mythe de la ménagère mystérieuse, commun à l'Europe et à l'Amérique du Nord.
L'histoire de Mélusine est fixée, immortalisée dès 1393, par Jean d'Arras, dans son roman La Noble Histoire des Lusignan. Le 7 août de cette année-là, il offre son ouvrage à Jean de Berry, le frère du roi Charles VI. Vers 1401, l'histoire est de nouveau reprise, en vers cette fois, par Couldrette, dans son Roman de Mélusine qu'il écrit pour le sire de Parthenay, Jean Larchevêque. Dans Les Très Riches Heures du duc de Berry, au mois de mars, on trouve également une évocation du mythe.

Mélusine signifie « merveilleux » ou « brouillard de la mer » et, bien plus avant dans le Moyen Âge, elle est associée à la puissante famille poitevine des Lusignan. Dans cette famille, d'ailleurs, on l'appelle « Mère Lusigne », ce qui signifie la mère des Lusignans. Elle serait, dans ce cas, la fondatrice de leur lignée.

Mais certains affirment que Mélusine serait en fait originaire des mythes bretons. Ainsi, elle aurait une origine bretonne insulaire : en breton, son nom devient Melizenn, ce qui signifie « La Mielleuse ». Le nom de sa mère, la fée Persine ou Persina, trouve sa racine bretonne dans le mot Berz ou Berziñ, qui a plusieurs significations. Le nom de sa soeur Melior pourrait être issus de Meler en breton, qui signifie « le fabricant de miel ». Quant à sa seconde soeur, Palestine, on peut rapprocher son nom de Bac’h C’hestenn. Bac'h, c'est la cellule, en breton tandis que C'hestenn pourrait être une mutation de Kestenn, qui signifie « la ruche ». Ceci pourrait être plausible, puisque ça correspond au fait que Palestine demeure prisonnière de la montagne telle la nymphe d'abeille prisonnière de l'alvéole de la ruche.
Mais, bien évidemment, ce ne sont que des hypothèses...

On rattache aussi la fée Mélusine à l'histoire du royaume d'Albanie, ancêtre du comté d'Albany, en Grande-Bretagne. Malgré l'homonymie, il ne faut pas confondre avec le pays d'Europe de l'Est qui se nomme aussi Albanie. Mélusine aurait été une princesse d'un royaume breton insulaire.
Un jour, le roi du pays, Elinas, chasse en forêt et rencontre à une fontaine une très belle jeune femme qu'il salue humblement. A son souhait de la prendre comme épouse, la belle émet une seule condition : qu'il ne cherche jamais à la voir au temps de ses couches. En effet, cette très belle jeune femme est une fée, Persine ou Presine. Elle épouse Elinas et de lui, a trois filles : Mélusine, Melior et Palestine. Toutes les trois sont aussi belles que leur mère à qui elles ressemblent beaucoup. Mélusine est l'aînée des trois soeurs.
Mais de son premier mariage, Elias a eu un fils, Mataquas, jaloux du bonheur de sa belle-mère et de son père. Cette jalousie l'amène à pousser son père dans la pièce ou Persine baignait ses filles, alors qu'elle avait fait jurer à son mari de ne point chercher à la voir quand elle ne le désirait pas. Trahie, la fée se retire alors avec ses trois filles sur l'île magique d'Avalon (que l'on retrouve aussi dans la Matière de Bretagne et la Légende Arthurienne). Là, chaque matin, elles montent sur la colline d'Elénos, la Montagne Fleurie, d'où elles pouvaient apercevoir le royaume d'Albanie. La fée Persine explique alors aux trois soeurs que c'est dans ce royaume qu'elles sont nées et que c'est la fausseté de leur père, le roi, qui les a réduites à cette misère sans fin.
Persine persuade si bien ses filles que Mélusine, l'aînée, finit par pousser ses deux soeurs, Melior et Palestine à enfermer leur père dans la merveilleuse montagne de Northumberland, aussi appelée Brumblerio, d'où il ne sortira jamais plus. Contre toute attente, la fée Persine se montre particulièrement courroucée par cet acte de rebellion de ses filles contre leur père. Elle condamne son aînée à devenir serpente au-dessous du nombril chaqsue samedi. Si un homme souhaite un jour l'épouser, elle doit lui faire jurer de ne jamais chercher à la voir le samedi. Si son époux se conforme à cela, elle vivra une vie normale et mourra naturellement, enfantant une noble et très grande lignée. Mais, si jamais elle se sépare de son époux, elle retournera au tourment, qui n'aura alors plus de fin. Mélior, elle, fut condamnée à garder un épervier merveilleux quelque part dans un château, en Arménie. Quant à la dernier des soeurs, Palestine, elle est enfermée dans le mont Canigou, où seul un noble chevalier pourra venir la libérer.
Mélusine va errer alors dans les forêts et les bocages. Puis, elle traverse l'Atlantique et c'est alors qu'elle arrive en Poitou. C'est à ce moment-là que la légende la fée et rattachée à la genèse de la haute et puisssante famille des Lusignan. Raymond ou Raymondin de Lusignan, en poitevin, est le neveu du comte Aymar de Poitiers et fils du comte de Forez. Il tue accidentellement son oncle lors d'une partie de chasse, alors qu'il forçait un sanglier féroce. Aveuglé par la douleur d'avoir commis un meurtre aussi atroce et pourchassé pour ce meurtre, il chevauche dans le forêt de Coulombiers, en Poitou et, à minuit, rencontre trois femmes à la Fontaine de la Soif aussi appelée Fontaine Faée ou encore, Font-de-Cé. Parmi ces trois femmes se trouve Mélusine.
La fée réconforte le jeune homme et lui propose son aide : elle lui promet de le faire innocenter et d'en faire un très puissant seigneur, à condition qu'il l'épouse. Elle lui fait, dans la foulée, jurer qu'il ne cherchera jamais à la voir le samedi. En gage, elle lui offre deux verges d'or aux multiples vertus (« moult grande vertu »). Heureux, le jeune couple se marie en grande pompe et font alors des Lusignan l'une des plus illustres familles de France. Mélusine enfante dix fils, tous beaux et bien bâtis, malgré quelques détails (par exemple, Eudes avait une oreille plus grande que l'autre, Antoine portait à la joue une griffe ou une patte de lion etc..)...tous ses fils deviennent grands et puissants. La noble et glorieuse lignée, prédite par la mère de Mélusine, Persine, vient de voir le jour.
Pendant que Raymondin, son époux, se met à courir à la Bretagne, Mélusine devient une bâtisseuse. La légende veut en effet que Mélusine soit à l'origine de nombreux bâtiments médiévaux du Poitou : elle aurait ainsi fondé les villes de Parthenay, Tiffauges, Talmont, édifié les murailles de La Rochelle et fait construire de nombreuses églises comme celle de Saint-Paul en Gâtine, ou des abbayes...« Quelques dornées de pierres et une goulée d'Eve » lui étaient nécessaires pour élever tous ces bâtiments. Si, d'aventure, elle était surprise dans ses travaux, qui avaient souvent lieu dans la nuit, elle les interrompait aussitôt. C'est ainsi que, selon la légende, il manque une fenêtre à Ménigoute, la dernière pierre de la flèche de Niort et de l'église de Parthenay.
Mais la vie quasi-normale de la fée allait prendre fin...son époux, Raymondin, se satisfaisait très bien de ne point voir sa femme les samedis. Seulement, c'était sans compter son frère, le comte de Forez, qui était jaloux de la puissance de son cadet. Il se met alors à imaginer que sa belle-soeur a un amant et qu'elle fornique avec lui chaque samedi, d'où l'interdiction à son mari de l'approcher ces jours-là. A ces mots, Raymondin, furieux, jaloux, se précipite jusqu'à la porte interdite par Mélusine et regarde par la serrure dans la pièce. Il voit alors son épouse dans une cuve, en train de se peigner les cheveux. Jusqu'au nombril, elle est femme mais les jambes ont été remplacées par une queue de serpent. A partir de là, deux versions de la légende existent : dans l'une, Raymondin s'écrie, « Je viens mon amour de vous trahir à cause de la fourbe exhortation de mon frère », blessée d'avoir lui-même était trahi par la fourberie de son frère ou bien il ne dit rien et tente ainsi de taire sa trahison. Mais un jour, son fils Geoffroy est accusé d'avoir détruit l'abbaye de Maillezais et d'avoir tué son frère Fromont par accident. Raymondin s'emporte contre son fils et jette alors la culpabilité du comportement étrange de leurs fils sur Mélusine...Il la traite alors, en public, de « Très fausse serpente... ». Les deux versions ont la même fin : Mélusine se jette alors d'une fenêtre en poussant un grand cri de désespoir. Jean d'Arras, au XIVème siècle, précise que la fée revient souvent à Lusignan, la nuit, pour caresser ses enfants, devant les nourrices qui n'osent rien dire. C'est elle aussi qui annonce la mort de Raymondin, devenu par la suite ermite à Montserrat.
Selon la prophétie de Persine, la fée serpent se montre et se lamente chaque fois qu'un membre de la famille des Lusignan vient à mourir ou bien quand les biens de la famille viennent à changer de propriétaire.
Le livre de Jean d'Arras reprend en partie cette légende médiévale de la fée Mélusine, en y apportant toutefois quelques modifications...

On peut aussi se demander si Mélusine a existé ? En effet, de nombreuses familles, autres que les Lusignan, ont affirmé l'existence de Mélusine comme réelle dame du Moyen Âge. On en trouve ainsi des traces dans les seigneuries bas-poitevines (c'est-à-dire, en Vendée), le long de la Loire et même en Gironde, qui faisait alors partie de la Gascogne. Mais on retrouve aussi Mélusine jusqu'en actuelle Belgique, où elle aurait été protectrice de la maison de Gavre. De nombreux lieux et châteaux du Poitou historiques se rattachent aussi à la présence de Mélusine comme dame locale : ainsi à Mervent, Vouvant, Saint-Maixent, Talmont ou encore, Parthenay (ville qui, selon la légende, aurait été créée par Mélusine). Des écrivains soutiennent l'idée que la légende de Mélusine est tirée de l'existence d'une personne réelle, qui aurait ensuite été romancée.
Ainsi, certains y ont vu la reine Sybille de Jérusalem (cette Sybille, fille du roi de Jérusalem Amaury Ier, épousa Guy de Lusignan), en lien avec une certaine Mélusine de Hierges (cette Mélusine est aussi un personnage légendaire). D'autres, comme Michelet au XIXème siècle, voient en la génèse du mythe, Aliénor d'Aquitaine, duchesse d'Aquitaine puis reine de France et reine d'Angleterre. Enfin, Raymondin, l'époux de Mélusine pourrait être Hugues VII de Lusignan qui, revenu de croisade avait ramené avec lui une femme sarrasine qu'il a épousé. Cette femme était couverte de voiles et prenait de longs bains bouillants, qui préfigurent bien Mélusine. La lignée des comtes de Toulous et les rois d'Angleterre Plantagenêts, originaires d'Anjou, se réclament aussi de la filiation de Mélusine, tout comme la famille de Saint-Gelais, dont l'un des descendants, un poète du XIVème siècle portait le prénom de Mellin.

De nombreux lieux, ailleurs qu'en Poitou, font allusion à Mélusine et le mythe mélusien y est bien vivace. Ainsi, de nombreux lieux dont le nom vient de lux (lumière en latin), se réclament d'un lien avec la fée. On trouve ainsi Lusignan, bien sûr, mais aussi Lucé, Lucy, Lusigny, Lézignan, Luzy, Leucate, Lausanna, Luxeuil...Dans d'autres châteaux ou forêts, Mélusine apparaît sous d'autres noms et son histoire diffère quelques peus de la légende fixée au Moyen Âge. Au Luxembourg, elle est très présente et son histoire diffère peu du conte populaire. Elle est aussi présente dans les régions françaises et belges proches du Luxembourg : elle est Merluisaine en Champagne, Marluzuzenne en Hainaut. On la retrouve en pays d'Oc comme en pays d'oïl, de la Drôme au Contentin ( A Gratot, en Cotentin, elle se nomme Andaine, et prie le seigneur d'Argouges, alors sire de Gratot de ne jamais prononcer le mot « mort ». Malheureusement, lors d'une fête où la fée tarde à se préparer, son époux s'exclame: « Madame, seriez-vous bonne à aller quérir la mort ? ». À ces mots, la fée se précipite du haut de la tour qui porte aujourd'hui son nom...) Seul son nom change finalement et, selon les régions, elle est rattachée à des croyances locales.
A Sassenage, près de Grenoble, Mélusine devient une sirène qui vit dans des grottes (les Cuves de Sassenage qui sont l'une des sept merveilles du Dauphiné), depuis que son mari l'a surprise au bain, un samedi, alors qu'elle subissait sa malédiction hebdomadaire : être mi-femme, mi-poisson. Ne pouvant alors reprendre sa forme humaine, elle est condamnée à rester prisonnière de la grotte, se faisant parfois entendre dans les cuves, annonçant alors la mort de l'un de ses descendants, les Béranger, dont le château est tout proche de l'entrée des Cuves. Ses larmes se transforment ensuite en petits galets magiques qui auraient soit-disant des vertus pour soigner les troubles ophtalmiques : ils sont appelés pierres ophtalmiques de Sassenage ou encore, « Larmes de Mélusine ». C'est à Sassenage et dans ces fameuses cuves, qu'elle rebaptise Gorges du Furon, que Mireille Calmel situe l'histoire du Chant des Sorcières et de La Reine de Lumière.


Tableau de Julius Hübner représentant la trahison de Raymondin de Lusignan envers Mélusine.



La fée Mélusine gravée sur le fronton d'une porte de l'église Saint-Sulpice de Fougères.




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Re: La fée Mélusine

Message par ( Bow Tie ) le Sam 17 Nov - 18:49

Étrangement, j'ai toujours été très attirée par ce mythe. A vrai dire, je trouve les thérianthropes fascinants !

Dans tous les cas, l'histoire de Mélusine est tragique, mais sais-tu ce que deviennent les sœurs de Mélusine ? Car je ne l'ai jamais su.

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Re: La fée Mélusine

Message par a-little-bit-dramatic le Sam 17 Nov - 19:33

Non ! C'est vrai que maintenant que tu en parles, je me rends compte que le mythe ne parle plus de Persine, Melior et Palestine une fois que Mélusine est arrivée en Poitou. C'est un peu dommage, mais étant donné que le mythe est essentiellement centré sur l'aînée des soeurs, ça vient peut-être de là. En tous cas, c'est vrai que c'est un mythe particulièrement intéressant...un peu comme tous les contes médiévaux, qui naviguent entre vérité vraie et merveilleux...c'est ça qui leur donne tout leur charme, je trouve.
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