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Et in Arcadia ego : deux oeuvres emblématiques de Poussin sur un même thème

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Et in Arcadia ego : deux oeuvres emblématiques de Poussin sur un même thème

Message par a-little-bit-dramatic le Sam 13 Oct - 17:12

Et in Arcadio ego est une locution latine qui inspira plusieurs peintres, dont Nicolas Poussin, entre autres, qui réalisa deux oeuvres sur thème. La première date de 1628-1630. La seconde, de 1637-1638. C'est cette dernière version qui est la plus connue. En tous cas, les deux tableaux de Poussin sont des peintures pastorales représentant des bergers réunis autour d'une pierre tombale.
Ces bergers sont des bergers antiques idéalisés et ils sont rassemblés autour d'un tombeau très austère. La première version, datée des années 1620, se trouve actuelle en Angleterre, à Chatsworth House, dans le Derbyshire. La seconde version, des années 1630, est, elle, conservée au musée du Louvre à Paris. Cette version-là est également connue sous le titre Les Bergers d'Arcadie et elle a eu une influence majeure dans l'Histoire de l'Art.
Et in Arcadia ego signifie : « Moi (la Mort), je suis aussi en Arcadie (le pays des délices). » C'est ce que l'on appelle un memento mori (« Souviens-toi que tu es mortel. »), que l'on retrouve assez souvent dans la peinture de cette époque et même au siècle précédent. Toutefois, selon l'historien André Félibien, Poussin, lui, interprétait cette locution latine comme : « la personne enterrée dans cette tombe a vécu en Arcadie. » Autrement dit : « elle aussi a profité des plaisirs de la vie sur terre ». C'est généralement ce sens-là que l'on donnait à ces oeuvres au XVIIIème et XIXème siècles. Pour d'autres, le sujet établit une opposition ironique entre la sévérité de la mort et le caractère léger des bergers et des nymphes qui vivaient en Arcadie.
La première figuration d'une tombe avec inspiration dédicatoire (à Daphnée), dans le paysage idyllique de l'Arcadie, apparaît dès Virgile (Les Eglogues de Virgile). L'auteur y transpose, dans le rustique Arcadie, les caractères des bergers siciliens, qu'avait auparavant évoqués Théocrite dans ses Idylles. Le thème trouve ensuite une nouvelle jeunesse dans les années 1460-1470, c'est-à-dire, à la fin de l'époque médiévale, alors que le mouvement humaniste commence en Europe. En 1502, Jacopo Sannazaro publie d'ailleurs un long poème intitulé Arcadia. L'Arcadie est alors consifdérée comme un monde perdu d'enchantements idylliques.

Au siècle suivant, l'Arcadie devient une source d'inspiration pour les peintres. Avant Poussin, elle a ainsi inspiré Le Guerchin, qui représente lui aussi un tableau intitulé Et in Arcadia ego en 1618. Déjà, au siècle précédent à Venise, un tableau ayant pour thème l'Arcadie a été réalisé.

Ici nous allons donc nous intéresser aux deux oeuvres de Nicolas Poussin, peintre classique français, contemporain de Louis XIV.

La première oeuvre, datée de 1628-1630, est sûrement une oeuvre commandée et Poussin s'est inspiré de la toile du Guerchin pour réaliser son oeuvre. Son style est assez baroque, contrairement à la seconde version et c'est caractéristique de la première manière de Poussin. Les bergers sont occupés à dégager une tombe à moitié cachée, et couverte de végétation. Ils découvrent alors une inscription, qu'ils contemplent avec une expression de curiosité. On peut voir une bergère, debout, à gauche du tableau. Cette dernière est représentée dans une pose assez suggestive, qui contraste nettement avec les poses très austères du second tableau. Celle-là est en effet composée de façon plus géométrique et les personnages ont un caractère beaucoup plus contemplatif. Le visage sans expression de la bergère que l'on retrouve à droite, dans la seconde version, est conforme aux conventions du profil grec.
La différence la plus importante entre les deux toiles de Poussin, c'est que dans la seconde, l'un des bergers reconnaît l'ombre de l'un de ses compagnons sur la pierre tombale et en trace la silhouette du bout de son doigt. Selon une ancienne tradition (Pline l'Ancien, Histoire naturelle ), c'est le moment de la découverte de l'art pictural (c'est peut-être pour cela que cette scène des Bergers en Arcadie a autant inspiré les peintres puisque c'est, en somme, l'invention de leur art). Mais l'ombre sur la pierre est aussi symbole de la mort, comme la mouche et le crâne le sont, dans le tableau du Guerchin. Et on retrouve d'ailleurs ce crâne, posé près de la tombe, dans la première version de Poussin.
Le sens de ces compositions est finalement très complexe. Il semble que ce soit le moment où l'Humanité prend conscience de la mort comme inéluctable et de l'invention concomitante de l'Art, qui est finalement une réponse des humains à cette fatalité qu'est la mort. Ainsi, la prétention de la Mort à régner même dans une contrée aussi idyllique, paradisiaque, que l'Arcadie, est finalement refusée par l'Art, issu de ce monde idéal. Cet Art est symbolisé par la jeune femme parée que l'on peut voir à droite de la seconde version. En effet, l'Art peut ressusciter ceux que la Mort a emporté et consolé les chagrins. Il serait donc, en quelque sorte, beaucoup plus puissant qu'elle, puisqu'il représente un secours pour l'Humanité. Certes, celle-ci ne peut échapper à la Mort mais peut tout de même trouver des consolations sur terre.



La première version de Nicolas Poussin, daté des années 1628-1630.


Voici la seconde version, datée des années 1637-1638, conservée au musée du Louvre. C'est la plus connue.
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Juliette Capulet

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